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Pas de répit pour Pierre Vennat (CA)

altLe journaliste québécois, depuis peu à la retraite, passe en revue son parcours, de ses débuts à l'université jusqu'à aujourd'hui. Il fait également le point sur ce qui l'a marqué dans son métier et nous donne sa vision de la presse québécoise.



Pierre Vennat, pouvez-vous retracer pour nos lecteurs votre parcours de journaliste ?
J'étais étudiant à l'Université Laval de Québec. En 1958, Les étudiants publiaient un hebdomadaire, de haute qualité, le Carabin. On contestait pas mal le gouvernement québécois en place à l'époque. On faisait plutôt du "journalisme d'opinion". Le Carabin s'est mérité le titre de meilleur journal universitaire "canadien" cette année-là. C'était une des premières fois que cet honneur revenait à un journal francophone. Ca a attiré l'attention du rédacteur en chef de La Presse à cette époque, Jean-Louis Gagnon, en qui tous reconnaissent le mérite d'être le père du journalisme québécois moderne (et francophone). Gagnon avait engagé l'équipe d'étudiants que nous étions pour l'été. Les vacances universitaires terminées, Gagnon m'a offert une place dans l'équipe du soir du journal. A 20 ans, je me débrouillais pour me faire transférer à l'Université de Montréal. J'étudiais le jour et demeurais à la rédaction en soirée. J'ai exercé plusieurs fonctions au sein du journal au fil des ans. J'ai pratiquement toujours fait du socio-politique : chroniqueur municipal, chroniqueur "syndical", chroniqueur politique et enfin, pendant quatre ans, éditorialiste du journal.
Finalement, j'ai fait dix ans de chronique littéraire et puis j'ai terminé ma carrière comme "conseiller cadre" à la documentation.

Vous avez aujourd'hui pris votre retraite mais vous restez encore très actif dans l'univers de la presse. Comment se constitue votre agenda ?
Depuis une bonne quinzaine d'années, j'étais tout autant historien que journaliste. J'ai d'ailleurs publié en solo sept livres d'histoire militaire et un d'histoire syndicale. J'en ai un huitième qui doit sortir en janvier ou février 2003 et un neuvième en chantier... Sans compter une demi-douzaine de bouquins en collaboration où je signe un chapitre. Pour moi, le livre constitue un prolongement du journalisme d'enquête.
Je suis un peu un "journaliste émérite", après 40 ans de métier ; je conserve une chronique hebdomadaire pour encore deux ans. D'ici là, j'aurais 66 ans, on verra alors... Et puis, je fais toujours de la télé et de la radio.
Hier, j'étais dans une école. Je visite régulièrement les écoles pour aider enseignants et élèves (de 10-12 ans) à faire des journaux de classe.
Et puis, je siège au Conseil de presse du Québec, le tribunal d'honneur du métier. Je suis également membre du conseil d'administration du Centre de Ressources en Education des Médias (CREM) de l'Université du Québec à Montréal. Enfin, je fais partie d'un Comité Littérature-Médias au sein de l'Union des écrivaines (on féminise au Québec) et écrivains du Québec.



Quel est l'événement qui vous a le plus marqué dans votre carrière de journaliste ?
Couvrir l'été dernier, la commémoration du 60e anniversaire du raid de Dieppe où s'est fait tuer mon père, que je n'ai jamais connu, et tomber sur le dernier survivant de son peloton. Partis 18 dans une barge de débarquement, il n'en restait que 6 vivants un quart d'heure plus tard. Tous les six ont été prisonniers des Nazis pendant trois ans... Il ne reste aujourd'hui qu'un survivant qui m'a raconté la mort de mon père, dont j'ignorais les détails... J'ai écrit un texte les larmes aux yeux, à 63 ans... La Presse l'a publié l'été dernier.

Quel est votre vision de la presse québécoise ?
Je trouve que les universitaires (et les intellectuels) perdent beaucoup de temps à dénoncer la censure politique des médias. Foutaises que tout cela, surtout ici où les journalistes sont syndiqués. Les syndicats permettent d'éviter ce genre de pressions. La vraie censure, c'est la dictature économique des annonceurs et de l'audimat.
On parle peu des pressions des départements de marketing, de la publicité, l'enfer des cotes d'écoute, le vedettariat, etc. Ca me semble bien plus dangereux que les pseudos pressions politiques.

Quel message avez-vous envie de porter aux jeunes qui démarrent dans la profession ?
De cesser de penser à leur carrière, de jouer à la vedette et d'essayer de changer le monde. Aujourd'hui, on dirait que tout ce qui intéresse les jeunes, c'est l'information spectacle. Pas faire de la propagande. Pas juste du journalisme d'opinion. Pas juste critiquer, dénoncer. Proposer des solutions. On fait trop de journalisme spectacle, trop de journalisme économique. Et puis aussi se mêler aux gens ordinaires, pas juste des colloques de journalistes, entre journalistes.