Jean-Michel Carré : « Poutine, on en a encore pour 20 ans »

Photo : Maité PouleurGrand prix du jury 2005 pour « Koursk : un sous-marin en eaux troubles », Jean-Michel Carré défend son dernier documentaire lors de cette 15e édition du Festival International du Grand Reportage d’Actualité et du Documentaire de Société (FIGRA). Décortiquant la vie de Vladimir Poutine, « Le système Poutine » plonge dans l’univers obscur et stratégique de l’ancien président russe et son rêve d’une grande Russie.

« Poutine a grandit avec une conviction. Celle qu’un homme seul peut faire tout changer. » C’est par ces quelques mots que Jean-Michel Carré débute son documentaire sur l’ancien président russe, Vladimir Poutine. S’arrêtant sur ses années passées au sein du KGB et comme maire adjoint de la mairie de Saint-Pétersbourg, le réalisateur dresse le portrait d’un homme fortement imprégné de la culture des services secrets. Révolté par la passivité de Boris Elstine et le déclin constant de la Russie, Poutine a constamment mûri sa stratégie de redressement du système soviétique par l’économie de marché.

Une fois nommé président, il l’appliqua d’une main ferme, balayant toute opposition : presse, société civile, dissidents et même les oligarques qui l’ont mis au pouvoir. En Russie, Vladimir Poutine détient tous les pouvoirs et il ne les cédera pas. Jean-Michel Carré précise : « Poutine, on en a encore pour 20 ans. En plaçant Medvedev à la tête du pays, un libéral, Poutine a fait un choix stratégique car celui-ci suivra sa politique. S’il ne le fait pas, Poutine interviendra. Il n’attendra peut-être même pas 2012 pour revenir au pouvoir. Pour lui, Medvedev, c’est une sorte de troisième mandat, plus pervers et plus libéral. »

Presse muselée

Illustrant parfaitement ses propos, Jean-Michel Carré présente un personnage manipulateur qui a su habilement détourner les médias pour faire passer sa politique comme étant celle de tous les Russes : « En Russie, 65% de la population n’a accès qu’aux deux seules chaînes nationales et propagandistes du pouvoir. C’est donc compréhensible que pour le peuple russe Poutine soit un leader. Les russes étaient mêmes prêts à ce qu’il change la constitution pour pouvoir se présenter une troisième fois. Pour eux, le départ de Poutine est perçu comme la fin d’un équilibre. » Pire encore, pour bon nombre de journalistes, exercer son métier est devenu dangereux. Critiquer Poutine équivaut désormais à s’exposer à de lourdes sanctions, allant de l’enfermement psychiatrique à la mort.

Denis Toune

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