Pékin 2008 : les journalistes hors compétition

Anthony Dufour, Photo : Maite PouleurProjeté en avant première mondiale lors du FIGRA, le dernier documentaire d’Anthony Dufour, « Pékin 2008 : Doubles Jeux », dépeint le portait d’une société chinoise à l’aube de ses Jeux Olympiques. A cinq mois de l’événement, les progrès économiques ont été fulgurants. Mais les progrès sociaux et le respect des droits fondamentaux du peuple chinois stagnent. Pire, la situation se détériore à cause des JO.

« On peut faire des interviews partout à Pékin et avec tout le monde. » affirme Wang Hui, porte-parole de la mairie de Pékin, dans le documentaire « Pékin 2008 : Doubles Jeux ». Pendant cinquante minutes, Anthony Dufour, réalisateur du docu et journaliste spécialiste de la Chine, nous démontre le contraire. L’histoire commence dans les bureaux de la mairie. Anthony Dufour et son équipe rencontrent les officiels chargés de les aiguiller dans les différents sites des JO.

Mais le journaliste sort très rapidement des sentiers battus pour rencontrer ces « autres » chinois que les autorités ne veulent pas montrer à la presse étrangère : des ouvriers sous-payés (quand ils sont payés), des riverains forcés de quitter leur quartier (comme celui de Quianmen, à proximité de la Place Tian’anmen, transformé pour les Jeux en centre commercial) et surtout, un peuple chinois condamné à se taire quand il critique de trop l’organisation rigoriste des JO par leur pays.

Hu Jia, un exemple parmi tant d’autres

La situation actuelle à Pékin tranche radicalement avec ce que la Chine avait promis en février 2001 au Comité Olympique International pour l’obtention des Jeux : des progrès économiques et sociaux, un accès illimité à tout journaliste et, surtout, des avancées notables dans le respect des droits de l’Homme. Sept ans plus tard, on est loin du compte !
La liberté d’expression est totalement absente, la censure est systématique et les arrestations de dissidents n’en finissent plus. L’exemple le plus médiatisé est le dissident Hu Jia. Il purge actuellement une peine de prison pour avoir émis des critiques à l’encontre du pouvoir central chinois. Et Anthony Dufour de réagir : « La situation de Hu Jia est assez révélatrice de ce qu’il se passe actuellement en Chine.  Il s’est donné en martyre pour les autres. Et nous, occidentaux, on pensait qu’à force de l’interviewer, on lui donnerait une certaine sécurité, que les autorités chinoises n’allaient pas s’en prendre à lui. Et bien si ! Il y a quelques jours encore, un chinois a été condamné à cinq ans de prison pour avoir dit que le peuple chinois ne voulait pas des jeux, mais qu’il voulait les droits de l’homme

Traitant le sujet avec beaucoup d’ironie, l’auteur condamne la censure par inondation d’information perpétrée par les autorités chinoises : « Tous les jours, elles vous proposent des sujets bien encadrés. Les autorités et médias chinois vont faire en sorte que les images que vous sortez soient noyées dans le flot des autres images bien formatées. Ils ne veulent plus reproduire Tian’anmen où une seule image a su contrebalancer l’opinion publique mondiale ! »  Une opinion publique mondiale de plus en plus consciente des dérives sociales du gouvernement communiste de Pékin mais qui, à l’heure actuelle, n’entame toujours pas d’action envers la Chine et ses Jeux.

Denis Toune

Laisser un commentaire