Madura: le son de cloche de sa captivité

Roland MaduraRoland Madura est preneur de son à France 2. En juillet 2000, on le découvre aux côtés de Maryse Burgot et Jean-Jacques Le Garrec : ils sont pris en otage à Jolo.

Plus d’un an après, il nous livre son aventure à travers un récit «Nous sommes là où nous devons être». Rencontre.

Pourquoi avoir eu besoin de coucher votre témoignage par écrit ? Au début je ne voulais pas l’écrire : je suis preneur de son, pas écrivain. A Jolo, je m’étais dit que si je restais 10 ou 15 jours, mes enfants et amis voudraient savoir ce qui s’est passé en détails. Tous les jours, j’ai consigné tous mes faits et gestes dans un « journal de captivité ». J’avoue aussi que cela a occupé les journées qui étaient vraiment longues et m’a permis de m’évader un peu par la pensée. Au bout des 2 mois et demi, je notais tout ce qu’on mangeait, les principales activités, les rencontres, etc. Ces cahiers me servaient de repère. Résultat : de retour en France, le psy m’a conseillé de coucher par écrit mon témoignage puisque j’avais déjà ces deux cahiers à spirale. J’ai mis un an pour boucler ce livre. Ce n’était pas une démarche simple, cela réveillait de nombreux cauchemars.

Avez-vous retravaillé ensuite ? Je me suis arrêté de travailler plus de six mois pendant lesquels j’étais en accident du travail. Quand j’ai commencé à m’ennuyer, j’ai repris au sein de France 2 où l’accueil a été très chaleureux. On m’a beaucoup ménagé et confié des prises de son sur des tournages sympathiques. Je rentre de New York, où on a suivi un peintre, et le mois dernier j’étais en reportage en Chine.

Comment êtes-vous devenu preneur de son ? Je suis rentré à l’ORTF à l’âge de 20 ans. A l’époque, on y rentrait par concours. Ils cherchaient des techniciens. Nous étions cinq cents à l’écrit. Seuls cinquante d’entre nous ont été sélectionnés pour l’épreuve orale. La première question a été «avez-vous déjà fait du son ?». J’ai répondu par la négative et l’examinateur m’a dit que c’était le profil qu’il cherchait pour offrir une formation à des personnes sans a priori ni expérience ! J’ai alors suivi une formation d’un an et suis sorti comme assistant ingénieur du son. Aujourd’hui, il faut un BTS audiovisuel section son pour pouvoir postuler dans les rédactions des chaînes de télévision.

Est-ce une profession très demandée ? La filière est en fait très bouchée. De nombreux jeunes sont attirés par le monde de la musique et du son car ils rêvent de travailler derrière une console. Mais il est vraiment difficile de trouver un poste. De plus, c’est un métier qui se meurt car la technologie va tellement vite que de nombreuses télévisions tournent sans preneur de son, comme LCI ou I-Télévision. Avec le développement des technologies, c’est la rapidité d’exécution qui va prendre le dessus et, de preneur de son, on va devenir technicien de reportage et diffuseur de son.

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