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FIGRA : la première journée, déjà un choc

altDeux surprises pour le démarrage de ce Figra au Touquet, dans ce somptueux palais de l’Europe, parfaitement adapté pour accueillir l’agora trépidante qu’y installe le festival durant quatre jours.


Première surprise, la qualité et l’extraordinaire finesse des images sur le grand écran de l’auditorium. Et pour cause : le palais vient de s’équiper d’un nouveau projecteur de 12 000 lumens et d’un nouvel écran qui offre une image de 7 mètres en pieds et de 5 mètres de haut !

Deuxième surprise, un public assez dense présent dans la salle dès la première projection à 9h30. Pour qui a entamé naguère d’autres éditions du festival dans des petits matins blêmes avec 20 personnes à tout casser, y compris le jury, cela fait chaud au cœur.

Et c’est appréciable pour celui ou celle qui a le redoutable honneur d’inaugurer la compétition. Ce mercredi, c’est Anthony Dufour qui a ouvert le bal avec « Japon, les ombres du passé », une solide enquête sur ces Japonais travaillés par la nostalgie d’un nationalisme belliqueux, qui les conduisit à de multiples horreurs avant d’en payer un prix exorbitant. Un peu trop factuel peut-être, « on ne mentionne même pas le fameux écrivain Mishima », comme l’a soufflé un spectateur.

Premier vrai choc de la journée avec « Kigali, des images contre un massacre » de Jean-Christophe Klotz. Il faut savoir que Jean-Christophe fut l’un des rares reporters présents au Rwanda, en plein génocide (avril-juillet 1996), il fut même grièvement blessé par balle lors de l’assaut par les génocideurs de l’église où s’étaient réfugiées des centaines de Tutsis, dont beaucoup de femmes et d’enfants. Il a rappelé à l’issue de la projection qu’il était déjà venu présenter son premier film ici même en novembre 96, alors qu’il marchait encore avec des béquilles. On se doutait bien en le voyant qu’il portait une blessure bien plus profonde que celle que lui avait occasionnée une balle dans la hanche. Dix ans plus tard, il est retourné au Rwanda et en a ramené ce document bouleversant mais aussi riche du témoignage de quelques uns des principaux protagonistes de l’époque : Kouchner, le général Dallaire et ce délégué de la Croix rouge internationale qui formule avec une justesse précise et profonde toutes les questions que cette tragédie nous pose à tous, sur notre silence complice et qu’elle pose aussi aux journalistes et aux ONG sur l’utilité de leurs témoignages puisqu’en l’occurrence ils n’ont eu aucun effet. Le film de Klotz vient aussi à point nommé pour trancher sur la polémique à propos de la responsabilité de la France, qui est beaucoup plus grave qu’on ne veut bien le dire. Un film à voir impérativement, même s’il passe à 2 h du matin. (Il est déjà passé une fois à 22h sur Arte, en novembre dernier).

C’était difficile de toute façon de passer après cette terrible évocation et le film suivant n’a pas échappé à sa fonction « d’antidote ». « Un bébé pour sauver notre fils » du suisse José Roy est une belle histoire de guérison miraculeuse grâce à la thérapie génique. On regrette juste qu’il ne soulève aucune des questions, éthiques, que pose ce genre de pratiques encore expérimentale et très controversées.

Trois autres documents étaient programmés l’après-midi : « Bolivie, la revanche des indigènes », une analyse fouillée de Jean-François Boyer de ce pays en pleine révolution sociale et des images superbes de Nicolas Dom. Ensuite, un document passionnant sur le trafic mondial des médicaments, génériques, vraies et fausses copies de ces pilules qui empoisonnent surtout les populations des pays pauvres. Une enquête bien ficelée par Patrice du Tertre, dommage que l’on voie un peu trop la (belle) gueule de Michel Koutouzis en Colombo des mers du sud.

Enfin, dernier choc de la journée, le magnifique reportage d’Alexandre Dereims en Birmanie, « Un génocide à huis clos ». Un récit haletant, sans temps mort ni grandiloquence de cette rencontre avec le peuple Karen, massacré par la junte birmane et obligé de se réfugier toujours plus loin dans la forêt tropicale. Aucune aide à attendre de quiconque. Tout le monde et en particulier les pays riches sont accoquinés avec la sanguinaire junte birmane. C’est un peu accablant, mais en même temps on se réjouit que ce cri d’appel au secours soit reçu ici au festival et ait une chance d’être entendu.


Mots-clés: figra,