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Interview d'Hervé Ghesquière : " Je retournerai sur le terrain "

ghesquiereDepuis le 29 juin 2011, après 547 jours aux mains des talibans, Hervé Ghesquière est libre. Libre aussi de raconter sa vision du métier en tant que reporter, avant tout, passionné.

Faut-il encore, aujourd’hui, envoyer des journalistes couvrir des évènements sur place en sachant que les risques de mort ou d’enlèvement existent ?

C’est tout le problème : où met-on le curseur ? Envoyer des gens sur place, oui. Dans quelles conditions, ça se réfléchit. On ne peut pas être décemment, totalement et tout le temps embarqué avec l’armée. Si vous discutez par exemple avec des villageois afghans en présence de l’armée, les timides qui ont peut-être quelque chose à dire ne parleront pas. Cela revient à faire l’interview d’un détenu avec son gardien à côté : il ne va rien vous dire.

Il faut donc franchir la barrière…

Oui, aller plus loin. Mais le problème c’est qu’il y a un risque, dans tous les cas. Le risque de se faire allumer quand on est au sein de l’armée puisque les talibans ne font pas la différence entre un journaliste et un militaire. En plus, ils assimilent les journalistes à des propagandistes… On devient donc la cible de tirs. Et quand on y va sans l’armée, il y a un risque d’enlèvement.

Est-ce que le jeu d’obtenir l’information au plus près en vaut la chandelle ?

Est-ce que ça en vaut la chandelle d’être un an et demi otage… je n’en suis pas sûr. Après, on prend ses responsabilités et contrairement à ce qu’on a pu dire, on avait pris les nôtres. Mais un journaliste mort est toujours un bon journaliste. Il n’y a jamais de polémique dans ce cas-là.

Qu’est-ce qui vous anime par rapport à la pratique du métier? Vous avez dit que vous retourneriez sur le terrain…

Je retournerai sur le terrain, ce n’est pas du conditionnel. Je suis un passionné d’histoire et j’ai la sensation de vivre l’Histoire en direct quand j’y suis, qu’elle soit violente ou pas. Je ne vais pas pour voir l’histoire. Je vais pour la montrer et, mais ce n’est pas facile à chaud ou à tiède, essayer de la décrypter, d’expliquer le dessous des cartes. On dit toujours que le journaliste est l’historien de l’immédiat. Qu’on me parle à propos d’un conflit qu’il y a le méchant d’un côté et les gentils de l’autre, ça ne me suffit pas. L’histoire est complexe. C’est pour ça que j’y vais.

On a des informations, via les réseaux sociaux, des gens qui sont sur place… Faut-il pour autant encore prendre le risque de partir dans un pays en conflit ?

Sur les réseaux sociaux, les gens qui publient quelque chose défendent une cause. Cela ne suffit pas, ça ne remplace pas le reporter. C’est mieux que rien mais c’est à double tranchant, c’est manipulé. Ça ne suffit pas du tout et j’ai même envie de dire qu’il faut deux fois plus de journalistes parce qu’il y a dix fois plus de choses à vérifier. C’est un leurre, un vrai leurre.



Stéphanie DELBART (photo : Maïté Pouleur)

Mots-clés: Hervé Ghesquière