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Il y a Barack, et Obama !

Laurence HaïmDans « Full access ? », on oscille entre deux émotions. C’est à la fois frustrant et grisant d’être accrédité à la Maison Blanche. On découvre une réalité qu’on était loin d’imaginer. Est-ce que cette sécurité de plus en plus importante autour du président est le reflet d’un enfermement par peur ?

Pour Laurence Haïm, Obama et son équipe de conseillers ne veulent plus laisser de place à l’improvisation. Peur du dérapage. Mais est-ce que tout contrôler ne va pas à l’encontre du journalisme sérieux qu’Obama défendait lors de l’enterrement de Walter Cronkite ? Ce rythme imposé finira-t-il par nuire à ce que président encourage et appelle le « vrai journalisme » ?

Si proche et si loin du président : le défi d’être journaliste à la Maison Blanche. Le but étant de poser la question qui dérange. Est-ce que le président fait l’apologie d’un idéal de journalisme sérieux que lui n’accorde pas à ses accrédités ? Selon Laurence Haïm, « il y a Barack, qui était candidat, et Obama, qui est président. Deux personnes, c’est mon sentiment. Sur la campagne, il y avait cet espoir de changement, de transparence, qui était promis. Et en arrivant à la Maison Blanche, il s’est rendu compte que le pouvoir, ce n’était pas simplement être candidat, que c’était complètement différent. Alors, qu’est-ce qu’on fait quand on est président des États-Unis, qu’on n’est plus candidat, qu’on est dans une Amérique confrontée à plein de problèmes ? On essaye de contrôler le message. »

S. D. : Est-ce que Barack Obama se rend compte du mur qui vous sépare ?

L. H. : « Lors de l’enterrement de Cronkite, il rachète tout par son discours sincère. Moi je pense qu’il obéit à son équipe. Il la connaît depuis des années, et il se dit : “Eux, ils ont réussi à me faire élire président. S’ils me disent qu’il faut faire comme ça, faisons comme ça.” C’est une stratégie qui a été mise en place par une équipe de communication et à partir du moment où il leur fait confiance, il les écoute. Je pense que c’est vraiment une stratégie qui n’est pas mise en place par Obama lui-même mais par ses conseillers. »

S. D. : Avez-vous eu l’impression ou peur de cracher dans la soupe en faisant ce documentaire ? Vous êtes accréditée à la Maison Blanche et pourtant, vous n’êtes pas toujours tendre…

L. H. : « Bonne question ! Personne ne me l’avait encore posée… Oui, j’ai eu peur et je n’ai montré mon documentaire qu’aux gens qui ont participé à la réalisation. Je n’ai pas encore projeté ce film à la Maison Blanche. Je me dis qu’un jour, Obama sera capable de voir ça, mais pas en ce moment. En plus, comme l’accès est très difficile pour nous, on verra plus tard. J’essaie toujours de pousser les portes et ce n’est pas en ce moment qu’il faut se donner un coup de marteau sur la tête ! »

S. D. : « Full Access » ?

L. H. : « Toujours pas. Et on ne s’y attendait pas. Maintenant, je suis contente du discours prononcé lors de l’enterrement de Walter Cronkite. Je pense que c’est quelqu’un qui veut changer l’Amérique. Je pense que c’est un grand président. Pour le moment, il essaye de se battre, de changer les choses qui doivent l’être. Mais en même temps, on est dans une communication très dure, d’un homme politique. Barack Obama, ce n’est pas le messie… c’est un homme politique. »

S. D. : Vous avez obtenu une interview d’Obama dernièrement. Avez-vous su poser « la » question dérangeante ?

L. H. : « Non ! Mais si je l’avais en face de moi je lui poserais des questions sur l’Iran. Ce qu’il a envie de faire en Irak, en Afghanistan, dans la lutte contre le terrorisme. Et la question la plus dérangeante serait : “Est-ce que vous avez peur d’être assassiné ?” »

 

Stéphanie Delbart

Mots-clés: Laurence Haïm, Barack Obama, Full access