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Être journaliste à la Maison Blanche

JOurnaliste à la maison blancheLaurence Haïm est la seule journaliste française accréditée à la Maison Blanche pour suivre Barack Obama au quotidien. Elle nous livre dans « Full access ? » presque une année de la nouvelle présidence américaine. Décryptage du travail des journalistes accrédités à la « White House Press Corps ».

Tout commence le premier jour de la présidence. Obama vient saluer les journalistes juste après son élection et annonce en coulisses vouloir essayer « d’avoir des relations basées sur le respect » avec la presse. Une machine bien rôdée se met alors en route. Dans la salle de presse qui leur est réservée, les journalistes cohabitent dans des bureaux de 5m². La méthode est simple : être toujours là, face au pouvoir. Pour Robert Gibbs, porte-parole de la Maison-Blanche, les médias sont les gardes officiels de la démocratie. Mais entre le président et ces derniers, il y a un mur. Obama avait promis la transparence mais sur les sujets sensibles, rien n’a changé.

« Nous, peuple des médias, ne sommes que de simples figurants. Les prompteurs trônent à gauche et à droite de la tribune, jamais la moindre question n’est posée. Beaucoup trop d’interviews accordées sont supposées exclusives. Obama donne l’impression d’être ouvert, accessible, mais tout est géré, contrôlé, verrouillé. Il n’y a pas de place pour l’improvisation » commente Laurence Haïm dès le début de son documentaire. On est loin de la politique de communication d’un Clinton ou d’un Reagan. « Je ne le vois plus beau, plus cool, je cherche seulement à lui poser la question qui dérange. Se faire détester fait partie du job et personne ne se décourage dans ces bureaux minuscules. » Le jeu avoué est de coincer le pouvoir en place.

Surfer sur la vague

Aujourd’hui, les gens veulent consommer de l’information comme des SMS, partout, tout le temps. Obama l'a bien compris et a donc tout misé sur les nouveaux moyens de communication. Ce qui fait grincer des dents dans les milieux classiques politiques. « Le président court-circuite ainsi les médias traditionnels, il donne la parole aux gens directement via YouTube et répond à leurs questions sans intermédiaires. Il passe au-dessus des médias. » Mais ce genre de communication a des limites. « The Obama Show » ou comment percevoir qu’un journaliste a été payé pour poser la bonne question au président tout en paraissant naturel.

Helen Thomas a servi d’exemple à Laurence Haïm. Cette correspondante accréditée à la Maison Blanche depuis 1960 lui dira : « on ne ment pas et on résiste au pouvoir ». Avec elle, Laurence Haïm a appris que la persévérance paye : un soir, c’est Georges Clooney qui sort de la Maison Blanche en annonçant qu’il a demandé à Barack Obama que la situation au Darfour soit une priorité. « Ceux qui ont les scoops sont ceux qui restent longtemps “plantés là, en veille”. Le monde en guerre ne dort jamais, alors la machine doit rester éveillée. »

Mais les journalistes déçus par le mur mis entre eux et le président sont nombreux, le trouvant trop centré sur lui-même, se sentant découragés par cette administration difficilement accessible, s’attendant à l’inverse après les promesses faites lors des élections pour plus d’ouverture et de transparence.

Et les anecdotes de la journaliste française accréditée sont nombreuses : « En débarquant en Arabie Saoudite, nous ne devions rester que 10 heures. Séjour trop court pour demander un visa. Donc nous sommes restés dans le bus, fenêtres fermées, rideaux tirés. Nous n’avons rien eu de plus que si nous étions restés dans le bureau. »

Obama est le meilleur communicateur au monde. Sa manière de faire fait aimer les États-Unis au reste du monde. Les journalistes accrédités sont enfermés dans « la bulle », la Maison Blanche nourrit ses troupes 24h/24. Lors des voyages de presse, toutes les grandes visites ont lieu à 3h du matin. Avec le rythme d’information continue et le décalage horaire, impossible de s’y prendre autrement. Les journalistes sont très encadrés, prisonniers de l’horaire du président. Laurence Haïm se pose une question : Obama a-t-il conscience de leurs conditions de travail ?

Puis, c’est au Ghana qu’Obama se rend. Attendu comme le messie par les journalistes locaux, 17 accréditations ont été demandées. Deux seulement ont été accordées. La couverture médiatique sera-t-elle celle prévue ou est-ce que les journalistes auront l’impression qu’on les empêche de faire leur boulot ? Les images de l’atterrissage sont filmées par la seule caméra accréditée. Le « pool press » se charge de les envoyer aux médias. Pour les journalistes, difficile de se calquer sur le système américain, il faut s’acclimater.

Vivre en accéléré

Être journaliste à la Maison Blanche, c’est vivre à la vitesse du président, voyager en accéléré, être toujours en mouvement, en « sécurité », vitres fermées. C’est le « zapping » du voyage. Mais un espoir apparaît au fur et à mesure que le documentaire défile devant les yeux des spectateurs. Après ces mois passés à Washington vient Halloween. « Au-delà de l’aspect médiatique, on voit une famille qui se plie aux règles du vedettariat. Cette famille s’est bien habituée à notre omniprésence, nous qui attendons 24h/24 la crise, la gaffe, le sourire, la petite phrase du moment. Mais Obama ne nous regarde plus jamais, comme si nous étions invisibles » regrette Laurence Haïm. Seulement voilà, Obama va se « racheter » aux yeux de la journaliste française : « un vrai moment fort qu’on ne fabrique pas et qui me fait toujours aimer mon travail près du président. Lors des funérailles de Walter Conkrite, tous les journalistes étaient là. Et Obama parlera d’intégrité dans le métier, encourageant les journalistes à faire du journalisme sérieux, reconnaissant que les temps sont durs pour arriver à faire ce qu’on appelle le vrai journalisme. Il sera applaudi par nous, victimes de notre métier en voie de disparition. » Et Laurence Haïm d’espérer que dans dix ans, elle arrivera toujours à faire son métier sans trop de compromis et qu’Obama, à même époque, défendra toujours le journalisme sérieux avec passion… et écoutera toujours du jazz.

Stéphanie Delbart

Mots-clés: Laurence Haïm, Barack Obama, White House Press Corps